L’aventure de la vie, une histoire de courage et d’audace

Mylène Paquette dans son bateau à rame

 

Le courage en temps d’incertitude

On vit dans des temps qui demandent de puiser dans notre courage. Mais comment on apprend le courage ? Il n’existe pas de formule magique, et ça ne s’apprend certainement pas à l’école. Toutefois, côtoyer des gens qui ont osé, qui ont poussé les limites de leur audace peut nous inspirer à cultiver le courage. C’est en écoutant des histoires vécues, comme celle de Mylène Paquette, que notre esprit peut s’ouvrir et trouver des nouveaux chemins. 

Mylène Paquette est la première personne des Amériques à avoir traversé l’Atlantique Nord à la rame, en solitaire. Elle a su se dépasser pour accomplir un exploit que l’on disait impossible, ressortant de cette aventure munie de pépites de sagesse à partager au monde. 

 

💡 Cet article est un récapitulatif des évènements mensuels "Table Rouge", organisés par Mme L'Ovary.💡

La Table Rouge est un espace de discussion éducatif, sécuritaire et inclusif pour rassembler et aborder des sujets encore souvent tabous. La parole est entièrement laissée aux experts invités, ainsi qu’à la communauté présente. Ces propos sont le reflet d'opinions et en aucun cas, ne doivent être considérés comme des recommandations médicales.

Traverser l’océan Atlantique en solo… d’où lui est venue l’idée?

La première fois où Mylène est tombée par pur hasard sur une photo d’un bateau à rame océanique, ça a été une vraie révélation pour elle. Ayant toujours été attirée par la mer, elle rêvait déjà d’être capitaine d’un bateau. En découvrant la rame océanique, c’était comme si elle rencontrait quelqu’un pour qui elle avait un soudain béguin, un coup de foudre. Ça l’empêchait même de dormir la nuit! 

Elle voyait dans cette aventure un océan de possibilités. Elle percevait ça comme une poésie: partir avec un bateau à rame, traverser un étendu d’eau qu’on appelle l’Atlantique, pour rejoindre les vieux continents… 

Être la première dans quelque chose!

Elle y voyait aussi une opportunité: être la première à faire quelque chose de “tiré par les cheveux”. Il n’y avait alors personne des Amériques qui avait réussi à traverser l’Atlantique Nord à la rame (on s’entend que c’est un parcours ardu et assez effrayant!). Ça l’avait séduite d’être la première. Mais l’égo, ce n’est pas tout! Surtout quand tu composes avec une peur de plonger sous l’eau depuis plus de 27 ans… 

Une rencontre qui change le cours de l’histoire

C’est une enfant malade à l’hôpital Sainte-Justine où Mylène travaillait depuis plusieurs années qui lui a donné la motivation de se lancer dans son rêve. Vous savez, les paroles d’enfant remplies de vérité et de sagesse ? “Vous, les adultes, vous savez pas ce que c’est. Vous avez jamais vraiment rencontré quelque chose de difficile. Vous avez jamais eu à faire appel à votre courage.” 

Elle n’avait pas tort! C’est à ce moment que Mylène a réalisé que toutes les difficultés qu’elle avait rencontrées jusqu’à présent, elle les avait contournées. Elle s’était dégonflée trop souvent et brûlait d’envie que ça change. 

La traversée lui est alors apparue comme un lègue à laisser à ces enfants-là. Un apprentissage qu’elle faisait pour elle, mais aussi pour ses patients et pour la communauté en général. Par preuve de courage, pour montrer aux gens qu’ils peuvent eux aussi l’atteindre.  

À voir des enfants partir et des jeunes faire une croix sur leur propre avenir, elle se disait: “Moi j’ai la santé, mais qu’est-ce que j’ai devant moi?”. À l’aube de sa trentaine, elle avait l’impression de n’avoir rien accompli. C’est là qu’elle a ressenti de plein fouet l’appel de l’absolu, l’urgence de vivre. C’était l’amorce de son rêve. Quelques années plus tard, c’était concret: elle partait 129 jours en solitaire sur l’Atlantique, du Canada à la France. 

129 jours de rame, ça ne se fait pas sans obstacles!

Bien sûr, même si Mylène s’est préparée durant 4 ans et demi, la traversée a été parsemée d’épreuves inattendues. Tout d’abord, elle a dû jongler avec les enjeux de communication avec l’équipe au sol. Souvent, la communication coupait, et les membres de l’équipe ne recevaient que des bribes d’informations avec lesquelles ils devaient compléter le puzzle. On doit aussi s’imaginer que la pression était à son comble! Ils se faisaient constamment dire “Bin voyons, tu fais ça pour elle, c’est une folle, elle va mourrir!”. Mais ils continuaient à croire en elle et en son brin de folie. Et ça, c’est magnifique.  Mylène a généré tellement d’énergie et de confiance que des gens se sont greffés à elle, si bien que, durant la traversée, ils étaient 15 au sol à l’appuyer dans son épopée. 

Sans parler des enjeux météorologiques! Entre les vagues de 16 mètres, les tempêtes et les créatures marines qui pourraient t’avaler en une bouchée, la vie quotidienne ne devait pas être de tout repos! 

Apprendre sur la mer, mais surtout sur soi

Connecter à ses force intérieures

On peut tous être le pire et le meilleur de soi-même. Le meilleur vient lorsqu’on comprend que tout est une question d’attitude et d’intention. Dans le cas de Mylène, dans les premiers temps de la traversée, la météo n’était pas du tout de son côté. Elle ruminait et rageait après le ciel pour l’empêcher d’avancer, jusqu’à ce qu’elle comprenne que la seule chose qu’elle contrôle, c’est l’attitude qu’elle choisit d’adopter face aux intempéries. Ce n’est pas la météo qui n’est pas bonne, c’est le regard que tu poses sur elle. 

L’attitude qu’on adopte commence par les questions qu’on se pose à soi-même. Par exemple, durant la pandémie, plusieurs personnes se demandaient: “Quand est-ce que ça va finir”. On n’aura malheureusement jamais la réponse à cette question, et ça crée des attentes non répondues. On peut changer notre attitude de cap et plutôt se demander “Comment je peux me réinventer à travers ça?“. La situation devient alors une opportunité de grandir.

À un moment, Mylène a cessé d’essayer d’être la plus rapide. Elle s’est dit qu’ au pire, elle sera la rameuse la plus lente de l’histoire et ce n’est pas grave! Ça lui aura coûté le même prix pour être sur l’eau plus longtemps! C’est ce mindset qui l’a aidée à survivre jusqu’au bout. Il y a environ 16 personnes des Amériques qui ont essayé de faire la traversée de l’Atlantique, mais toutes ont rebroussé chemin. Elles étaient là dans l’intention de faire de la vitesse, d’être les meilleures. Mylène était  là avec l’intention de juste le faire. De se rendre à destination, tout simplement. 

Mylène a appris à voir ce que l’on peut retirer d’une difficulté plutôt que ce que l’on peut perdre. Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me donne envie de changer de posture mentale dès aujourd’hui! 

Si l’intention lui a permis de cultiver le courage, la visualisation a aussi été sa meilleure amie durant sa quête. Elle se demandait constamment: comment faire de la visualisation pour canaliser l’anxiété autrement? Pour elle, l’anxiété c’est de la créativité. Elle imaginait toujours une attaque de Jaws sous son bâteau, jusqu’au jour où elle s’est mise à imaginer un requin végétarien!!! Cette manière créative de détourner l’anxiété lui a permis de diminuer sa réponse au stress. 

Finalement, dans l’immensité de l’océan, elle n’a eu d’autres choix que de constater qu’on est extrêmement insignifiant et qu’on est à un cheveux de partir. Quand tu regardes dans le ciel et que tu vois les étoiles qui n’existent plus, tu te demandes: “Où est-on dans l’échelle du temps? “. Elle est ressortie de l’aventure avec un plus grand respect pour la vie et une reconnaissance renouvelée. 

Des valeurs qui s’ancrent profondément 

  • La communauté : Aller en mer pour apprendre sur la vie et raconter son histoire après, c’est fondamentalement généreux. Mylène a vite compris qu’elle n’entreprenait pas son épopée uniquement pour elle; elle l’a fait pour laisser une marque positive dans la communauté.
  • L’environnement : Mylène s’est associée à la cause environnementale dès le début pour remercier la mer de l’avoir accueillie et de lui avoir permis de vivre ça. Comme la mer ne peut pas parler, il lui faut une vitrine pour se faire connaître. Jacques-Yves Cousteau disait: “On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l’on aime.”  Pour Mylène, ça fait tout son sens de contribuer à faire connaître l’océan, pour que les gens l’aiment et le protègent davantage. 
  • La famille : Même si elle était toujours partie, sa famille est restée là pour elle, peu importe les embûches. La famille, c’est un peu comme le moteur invisible d’un bateau, qui nous aide à avancer no matter what. 
  • Le respect : Respecter l’environnement, se respecter soi, respecter ses besoins. La mer lui a rappelé qu’on est tous des humains et qu’on doit écouter ses besoins d’abord et avant tout.

Un autre grand projet audacieux : la maternité solo

Après avoir traversé l’océan à la rame, plus rien ne l’arrête! Mylène est enceinte d’un bébé, qu’elle a décidé de concevoir toute seule. Oui oui! Elle est passée par une clinique de fertilité, et est tombée enceinte après 7 mois de démarche. En étant maman solo, tu dois non seulement composer avec certains hommes qui le prennent personnel (“ben voyons, un jour les femmes n’auront pu besoin des hommes!”) mais surtout, avec la charge mentale, normalement répartie sur deux parents.

Comment composer avec la charge mentale

En faisant le choix d’aller vers la maternité solo, Mylène est consciente du poids qui vient avec cette magnifique aventure. Par chance, elle a une nounou, une voisine présente, un entourage dévoué… Par contre, en ces temps difficiles où tout va à une vitesse folle, où les gens sont dépassés par leur propre charge mentale et où la main-d’œuvre se faire rare, elle sait qu’elle doit prendre les devants et s’organiser de manière encore plus ancrée. 

C’est aussi essentiel d’apprendre à dire non. Et parfois, apprendre à délaisser. Oui, ça se peut que si tu délègues ton ménage, il ne sera pas fait exactement comme tu le veux! Mais il faut l’accepter, et mettre son énergie sur les choses qui sont vraiment importantes pour nous. 

La vulnérabilité : un signe de force

Il ne faut pas avoir peur d’attirer et d’affirmer ce dont on a besoin (et ce dont on n’a pas besoin!). Ça peut être gênant, parce que quand on demande de l’aide, on s’expose comme étant vulnérable. Souvenons-nous que la vulnérabilité est une force intérieure qu’il faut honorer. Après tout, s’il y a un bien moment où on est aussi forte et vulnérable à la fois, c’est quand on donne la vie! 

Rediffusion

Vous souhaitez voir l’intégralité de notre événement en ligne (et gratuit!) Table Rouge, c’est par ici!

Quelques conseils pour se lancer dans ses projets 

  • Savoir que ça prend du courage pour se commettre : Pour se lancer, il faut se commettre, et le courage commence là. En se commettant et en affirmant qu’on veut faire tel ou tel projet, on se montre vulnérable. Et c’est de cette vulnérabilité que naissent les plus belles aventures.
  • Se visualiser en train d’accomplir ce qu’on souhaite devenir/ faire : La visualisation a un pouvoir immense. C’est aussi un muscle qui se travaille. Visualiser la sensation qu’on va ressentir à l’intérieur de nous quand on aura atteint notre objectif, c’est une motivation incroyable!

Finalement, sachez qu’on a toutes et tous une part de courage en banque au fond de nous. Il ne faut pas avoir peur de le puiser et de vous affirmer dans vos convictions. Même un projet qui semble banal ou irréalisable a le potentiel merveilleux d’inspirer les gens autour de vous! Toutes les évolutions de l’humain commencent par une personne qui a osé!

Quelques ressources 

En savoir plus sur Mylène : Facebook, Instagram, Site Web, LinkedIn, Twitter