Menstruations et inclusion : « How To »

menstruations et inclusion

Menstruations et inclusion : concept émergent

Le foisonnement actuel du nouveau vocabulaire dynamite les frontières de l’acquis pour intégrer les multiples dimensions de l’humain au sein du discours social. Toutefois, sommes-nous les seules à trouver que le discours entourant les menstruations est resté pris quelque part à l’époque médiévale? Comment marier menstruations et inclusion? 

Non seulement les menstruations sont encore empreintes de tabous persistants (montrez-moi de la violence et du sang à profusion, mais couvrez ce sang menstruel que je ne saurais voir), elles sont également largement associées aux femmes cis, laissant dans l’ombre toutes les autres personnes menstruées. 

Pourtant, chaque personne mérite de vivre ses menstruations dans la dignité et la sécurité, en harmonie avec son corps et sa tête. Après tout, on a nos règles chaque mois durant près de 40 ans, mieux vaut ouvrir le discours pour que chacun.e puisse les vivre dans le plus d’intégrité possible! 

** J’écris ce texte de la perspective d’une femme cis qui fait de son mieux pour élargir le dialogue sur l’identité de genre et les menstruations. Je ne prétends pas tout connaître du vécu des personnes trans et non-binaires, mais je m’intéresse à leur réalité dans une visée d’inclusion, de compréhension mutuelle et de solidarité.   

Non, ce ne sont pas uniquement les femmes qui ont des menstruations!

menstruations inclusives

Maintenant que la table est mise, c’est l’heure de faire le pont entre genre et menstruations. 

Surprise surprise: ce ne sont pas toutes les femmes qui ont des menstruations, et les personnes menstruées ne sont pas uniquement des femmes! 

Oui, c’est vrai que les femmes cis représentent la majorité des personnes menstruées. Toutefois, les hommes trans et les personnes non-binaires peuvent aussi avoir des menstruations (si vous n’êtes pas familier.ères avec les termes  « trans » et « non-binaire », c’est par ici). En effet, certains hommes trans choisissent de ne pas se faire opérer et leur cycle menstruel continue leur vie. Pour ceux qui optent pour la testostérone, celle-ci ne garantit pas l’arrêt complet du cycle menstruel, et il n’y a que très peu de recherches sur l’impact de la testostérone sur le cycle selon le dosage prescrit et la marque utilisée. Pour ce qui est des personnes non-binaires, il est tout à fait possible qu’elles ne s’identifient pas au genre féminin, ou pas uniquement, et qu’elles aient quand même des menstruations. 

Le discours sur les menstruations les a historiquement dépeintes comme une fonction du corps féminin qui affecte seulement les femmes. Encore aujourd’hui, notre compréhension du cycle menstruel se limite souvent à un saignement mensuel et à son fonctionnement biologique, laissant de côté la panoplie de vécus et ressentis qui y sont liés. Les personnes trans et non-binaires font alors face à cette vision restreinte des menstruations, ce qui rend leurs expériences souvent incomprises voire ignorées. Cette binarité genre/sexe engendre une contestation des corps et des conceptions de soi qui dérogent des normes. 

Je résume: il ne faut pas confondre l’identité de genre d’un humain avec ses attributs biologiques. Une personne peut avoir un utérus et saigner chaque mois, mais ne pas s’identifier en tant que femme. D’un autre côté, une personne peut s’identifier en tant que femme mais ne pas avoir d’utérus et donc ne pas être menstruée. Une personne peut aussi avoir un utérus et ne pas saigner (grossesse, ménopause, problèmes de santé, etc.) mais ça, c’est une autre histoire. Vous me suivez jusqu’à maintenant?  

Branding menstruel et dysphorie de genre 

Bien sûr, je ne dis pas que l’expérience des menstruations est toujours rose (et rouge) pour les femmes cis! Aucune personne n’est à l’abri de la précarité menstruelle (cliquez ici pour en savoir plus à ce sujet) ni de la stigmatisation entourant le cycle menstruel. Toutefois, les personnes trans et non-binaires doivent gérer une couche d’oppression supplémentaire, dans une société où le branding menstruel est souvent très genré.  

Il suffit de se promener dans l’allée des produits menstruels pour constater que les emballages de tampons, serviettes et protections menstruelles s’ornomentent de fleurs, de rose bonbon (la couleur des filles par excellence!), et de toutes autres représentations socialement considérées comme « féminines ». 

Quelles répercussions le branding genré peut-il avoir? Il peut créer chez les personnes menstruées ne s’associant pas au féminin un sentiment d’imposteur, comme si les produits menstruels n’étaient pas conçus pour elles. Pourtant, ces personnes en ont autant besoin que les femmes cis pour gérer leurs règles de manière saine! Non seulement certaines personnes trans et non-binaires ont le sentiment que leurs menstruations ne devraient pas se produire (parfois en raison de la dysphorie de genre qui y est associée), mais en plus la société le leur répète sans cesse à coup de publicités et de serviettes à l’eau de rose. 

Haaa et les fameuses toilettes genrées! Parlons-en. toilettes non-genrées

Ça peut être une source d’inconfort et d’anxiété pour les personnes trans et non-binaires, surtout lors de leurs menstruations (pour celles qui en ont). Déjà, dans les toilettes réservées aux femmes, plusieurs femmes déchirent l’emballage de leur serviette ou tampon en prenant toutes les précautions nécessaires pour que ce soit une opération top secrète (bon, on n’a pas ce problème quand on porte des Mme L’Ovary, mais vous comprenez ce que je veux dire!). Imaginez si vous utilisiez les toilettes pour hommes… S’ajoute le problème de ne pas savoir où jeter son tampon utilisé car il n’y a pas de poubelles prévues à cet effet, ou la crainte d’échapper sa coupe menstruelle par terre.  

Le sang est toujours rouge, mais l’expérience prend diverses couleurs 

On se souvient toutes et tous de la première fois où l’on a vu la fameuse tache rouge brunâtre dans nos culottes, comme un drapeau nous signalant notre entrée dans l’univers des femmes (c’est ainsi que la société voit la ménarche, c’est-à-dire l’apparition des premières règles). Certaines personnes se souviennent de cette étape marquante comme étant porteuse d’une énergie sacrée, d’une fierté à voir son corps évoluer au gré des saisons. Pour d’autres, le souvenir de leurs premières règles a le goût d’une identité de genre à laquelle elles ne s’identifient pas. 

Bien que ce ne soient pas toutes les personnes trans et non-binaires qui vivent leurs règles en termes négatifs, il est important de souligner que les menstruations en tant que symbole sociétal de féminité peut être une expérience inconfortable, et que la manière dont la dysphorie de genre est vécue et ressentie est propre à chacun.e. 

Par exemple, les personnes trans et non-binaires qui ont leurs règles peuvent parfois éviter d’en parler avec leur médecin en raison de la stigmatisation de leur identité de genre, et ce, même si elles ont des questionnements par rapport à leur santé.  Certaines personnes choisissent de rester à la maison pendant leurs règles, soit parce que le sentiment de dysphorie est trop présent, soit pour éviter toute rencontre pouvant déclencher une dysphorie. Imaginez que, chaque mois, lorsque vous saignez, vous vous sentez comme si votre corps vous trahissait. Un peu comme si votre corps et votre tête vous envoyaient des messages contradictoires et que vous deviez tant bien que mal les réconcilier. Épuisant, non? 

Entendez-moi bien! Mon but n’est pas de projeter une image négative du cycle menstruel, loin de là! Il y a quelque chose de profondément beau dans cet élément central du cycle de la vie. Mon but est d’éclairer la diversité des expériences pour sortir les menstruations de la cisnormativité. Prendre conscience que le cycle menstruel peut être empowering pour certaines personnes, et difficile à vivre pour d’autres.  

Comment « dé-genrer » les menstruations? 

Un grand premier pas que nous pouvons faire est de neutraliser le langage employé dans les conversations entourant les menstruations. Inviter l’inclusivité dans nos quotidiens débute par une écriture inclusive. Par exemple : 

  • Cesser de parler des « femmes » et plutôt opter pour « personnes ayant des menstruations ». 
  • On aime bien les mots neutres comme « toustes » = tous + toutes. 
  • Remplacer dans notre vocabulaire les « produits d’hygiène féminine » par les « produits menstruels ». Tout d’abord, parce que la combinaison des termes « hygiène » et « menstruelle » évoque forcément que les menstruations sont sales, ce qui est loin d’être le cas (#BrisonsLesTabousEncoreEtEncore). Mais aussi parce que le terme « féminine » renvoie à l’idée que les menstruations sont un phénomène exclusivement féminin, ce qui n’est pas non plus le cas. Bref, des p r o d u i t s  m e n s t r u e l s, tout simplement. 

Comme vous le savez sûrement déjà, chez Mme L’Ovary, on est fascinées par le féminin sacré et la communauté qui se tisse lorsqu’on honore notre essence féminine. Oui, on peut continuer à parler de féminin sacré, du pouvoir créateur de l’utérus, de la dimension spirituelle des menstruations. Si c’est ce qui vous fait sentir confortable et empowered, vous pouvez voir votre cycle menstruel comme une partie intime de votre féminité. C’est parfaitement correct! Mais il est essentiel de savoir qu’il existe d’autres réalités et expériences liées à la féminité et aux menstruations, et de les accueillir dans la bienveillance. 

De toute évidence, il doit y avoir un changement dans la manière dont nous parlons des menstruations. Ça ne veut pas dire de nier le fait que les menstruations sont vécues par les femmes cis, mais bien d’élargir la conversation et de mettre en lumière l’éventail des expériences. Plus l’image collective sur les menstruations est nourrie d’histoires et de récits, plus les gens peuvent s’aligner sur la version qui les rend confortables. 

Bref, le but n’est pas d’être parfait 

Le but n’est pas d’être parfait (à se répéter régulièrement!). 

Le but n’est pas non plus de connaître tous les termes liés à la diversité.

Le but est de cultiver notre curiosité, de s’instruire et d’avancer sur le chemin de l’inclusion dans la douceur et la bienveillance.   

En tant qu’individu, on peut ouvrir le dialogue avec notre entourage. Dans nos soupers de famille, on peut simplement dire à matante Janine qui revendique l’utérus comme symbole ultime de la féminité que les menstruations ne sont pas uniquement une affaire de femmes cis. 

Demander le pronom d’une personne peut aussi devenir une bonne habitude à prendre. Par exemple: « Bonjour, je m’appelle Gabrielle et mon pronom est elle. Et toi? » Aussi simple que ça! 

En tant qu’entreprise, on s’engage à continuer d’écrire encore et encore, de semer la prise de conscience et d’apprendre chaque jour. En déstigmatisant les menstruations pour toustes, nous pouvons continuer à lutter pour un meilleur accès aux produits menstruels et à libérer les menstruations de l’emprise des tabous.  

Finalement, on croit que c’est essentiel que les discussions sur le cycle menstruel ne soit pas uniquement menées par des femmes cis. Alors, si vous êtes une personne trans et/ou non-binaire et que vous désirez vous exprimer sur vos menstruations ou le cycle menstruel en général, écrivez-nous! Si vous sentez l’élan de nous partager vos idées pour que Mme L’Ovary soit plus inclusive ou être invité.e à vous exprimer sur l’identité de genre ou tout autre sujet lors d’une de nos Tables Rouges, écrivez-nous aussi! On est en perpétuel apprentissage et notre mission est simplement de faire mieux chaque jour pour que les menstruations soient vécues de manière saine et positive par toutes les personnes menstruées. 

Merci de nous aider à créer un monde plus vert, plus humain et plus juste

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SOURCES 

Cass Bliss, Avoir ses règles quand on n’est pas une femme, 2018. https://www.huffingtonpost.fr/cass-bliss/avoir-ses-regles-quand-on-n-est-pas-une-femme_a_23511656/

Dominique Dubuc (Comité Orientations et identités sexuelles),  LGBTQI2SNBA+:  Les mots de la diversité liée au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle,  mai 2017. https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/Glossaire-2017-08-14-corr.p df

Klara Rydström, Degendering Menstruation: Making Trans Menstruators Matter in The Palgrave Handbook of Critical Menstruation Studies, 2020. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK565621/.

Profil instagram de @leksendrine, https://www.instagram.com/p/COxtppxnbV3/

Sadhbh O’Sullivan, Conversations About Periods Must Be About More Than Cis Women, 2021. https://www.refinery29.com/en-gb/trans-non-binary-periods.  

Sarah E. Frank, Queering Menstruation: Trans and Non-Binary Identity and Body Politics, 2020. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/soin.12355.