Sexe, malaise et menstruations

Femme qui se cache les yeux

Les menstruations encore taboues en 2021?

Il semblerait que malgré les grands éveils de conscience sur plusieurs sujets fragiles dans nos sociétés, les menstruations restent un tantinet taboues. Que cela ne tiennent : les SexMaitresses sont là pour mettre de la lumière sur ce grand sujet qui mérite certainement plus de gloire que de mépris. Ce trio de 3 femmes brillantes, sexologues, amies et colocs se penchent sur des questions entourant la sexualité et le féminisme. Elles partagent généreusement aux curieux.ses leur conversation de salon dans un merveilleux balado disponible ici. Au sujet des menstruations, voici quelques pistes qu’elles nous donnent pour comprendre d’où viennent le dégoût et l’incompréhension face à cette manifestation naturelle du corps féminin.

 

💡 Cet article est un récapitulatif des évènements mensuels "Table Rouge", organisés par Mme L'Ovary.💡

La Table Rouge est un espace de discussion éducatif, sécuritaire et inclusif pour rassembler et aborder des sujets encore souvent tabous. La parole est entièrement laissée aux experts invités, ainsi qu’à la communauté présente. Ces propos sont le reflet d'opinions et en aucun cas, ne doivent être considérés comme des recommandations médicales.

D’où vient le dégoût pour les menstruations?

Chaque jour, 800 millions de personnes ont leurs règles. Pourtant, la menstruation est toujours une honte universelle et le silence est la règle. Les personnes ayant des menstruations en parlent le moins possible et tentent de cacher ce phénomène naturel sans se douter que le silence les prive de leur pouvoir. En effet, la honte ressentie à ce propos et le silence qui en découle nous empêchent d’exiger plus de connaissances, de meilleurs soins, des produits menstruels plus efficaces, des prix plus bas et davantage de recherches à ce sujet.  

Tout est une histoire de mots

Mais d’où vient le mépris envers cette chose si naturelle, si saine et nécessaire à la vie? On pourrait commencer nos recherches dans notre quotidien, par le vocabulaire qu’on emploie pour désigner nos règles. Des termes comme “avoir sa maladie de femme”, “avoir ses ragnagna”, “traverser la mer Rouge”, “être dans ses crottes”, “être indisposée ou “avoir le melon qui se fend” peuvent sembler inoffensifs parce qu’on a l’habitude de les entendre, mais ils entretiennent pourtant dans l’inconscient collectif une image négative des menstruations.

Ensuite, on peut retourner quelques siècles en arrière pour trouver des textes dévalorisants envers les règles. Par exemple, celui-ci, issue de la première encyclopédie latine :

« Le contact avec [le sang menstruel] rend le nouveau vin aigre, les récoltes qu’il a touchées deviennent stériles, les germes  meurent, les graines des jardins se dessèchent, les fruits des  arbres tombent, le tranchant de l’acier et l’éclat de l’ivoire s’émoussent, les ruches d’abeilles meurent, même le bronze et  le fer sont aussitôt saisis par la rouille, et une odeur horrible  remplit l’air ; goûter [à ce sang] rend les chiens fous et infecte leurs morsures d’un poison incurable ». [traduction libre]. 

Des propos négatifs concernant les menstruations ont aussi été inscrits dans la bible et par des hommes qui ont marqué l’histoire (Freud, Aristote, Court, etc). Il va sans dire que de telles idées laissent leur marque dans notre inconscient et au fil du temps, l’humain s’est malheureusement fait une image peu flatteuse d’une fonction tout à fait naturelle du corps féminin.

Les menstruations, c’est sale!

On voit dans les annonces publicitaires des femmes qui travaillent fort à garder leurs vêtements blancs intacts, à l’abris de la saleté de leurs menstruations. C’est plus fort que nous; quand on pense aux règles, on pense à nos draps et nos culottes tachés, on imagine des flaques et de la souillure. Il y a une notion de secret qui s’installe autour de nos règles. On ne doit pas laisser d’odeur ou de tâches. On insiste sur l’hygiène, la propreté et la pureté. Il faut se laver la vulve et le vagin pour éviter les odeurs. C’est gênant. On ne veut surtout par rendre les hommes mal à l’aise ou les confronter à l’aspect impur associé aux menstruations!

Les mots qu’on utilise quotidiennement nous rappellent l’aspect sale et médical associé au sang menstruel : serviette hygiénique, produit sanitaire, etc. Comme si les menstruations étaient un problème à régler ou quelque chose à nettoyer à tout prix. Comme si éviter de laisser paraitre nos règles était une norme de bienséance à respecter, une évidence du savoir vivre.

D’ailleurs, une étude de Breanne Fahs en 2011 nous montre que trois hommes sur dix trouvent que le sang menstruel est dégoûtant et que quatre hommes sur dix pensent que le sexe pendant les règles est inapproprié. Selon cette même étude, une femme sur trois se serait déjà fait refuser le sexe pendant ses règles et près de 6 femmes sur 10 ressentent un inconfort à initier l’acte sexuel pendant cette période du mois. Ces chiffres sont assez révélateurs; il y a bel et bien un malaise profond quant au mélange du sang menstruel et de la sexualité. Ironiquement, la plupart des humains ne clignent par de l’œil en regardant des scènes de violence ensanglantées à la télé, mais trouvent inconcevable que du sang coule naturellement des organes génitaux féminin.

Et si on célébrait nos menstruations?

Par où commencer pour replacer les règles à leur juste place dans l’inconscient collectif? D’abord, se souvenir de leur nature sacrée, de la promesse de vie et de création qu’elle porte avec elle. Les menstruations sont un signe de la santé de notre organisme qui produit mois après mois les ovules nécessaires à créer des petits humains. Elles sont aussi une période de grand nettoyage pour les personnes qui sont menstruées; elles emportent avec elles à chaque cycle tout ce qui ne sert plus, autant les résidus physiques qu’émotionnels. C’est une grande chance de pouvoir bénéficier de ce processus de purification et ça vaut la peine de le célébrer!

Changer notre vocabulaire

Ensuite, changer le vocabulaire qu’on utilise pour parler des menstruations est essentiel dans l’optique de modifier les perspectives négatives qu’on entretient inconsciemment à leur sujet. Au lieu de parler de serviette hygiénique ou de culotte sanitaire, on peut plutôt utiliser le mot “menstruelle” à toutes les sauces (serviette menstruelle, culotte menstruelle, etc.). Au lieu de dire qu’on est “dans nos crottes”, on peut simplement employer les vrais mots (ex : je suis menstruée, j’ai mes règles). N’hésitez pas à être radicale à ce propos!

Rediffusion

Vous souhaitez voir l’intégralité de notre événement en ligne (et gratuit!) Table Rouge, c’est par ici!

Pour terminer, l’éducation autour des menstruations

Finalement, le plus important est d’éduquer et de tenir un discours positif autour des menstruations. Parlez-en autour de vous, n’ayez pas peur d’utiliser les vrais termes et de parler de l’expérience de vos règles devant des hommes, des enfants, votre soeur, votre chien. Plus on en parle, plus ça se normalise. Laissez donc des tampons trainer chez vous pour éradiquer le côté secret qui erre autour du phénomène. Si vous en sentez l’appel, intéressez-vous à l’équation sexe + menstruations. Vous découvrirez qu’il y a de nombreux bienfaits à faire l’amour durant cette période du mois (atténuations des douleurs, plus grande lubrification du vagin, sentiment de liberté augmenté, etc.).

Encouragez les initiatives communautaires ou gouvernementales qui se lèvent pour la démocratisation des menstruations. Et surtout, faites preuve de bienveillance envers votre corps et toutes ses fonctions, ne sous-estimez pas la puissance qui se cache dans votre utérus!

Quelques ressources

Le balado : Les SexMaitresses

Ceci est mon sang, Élise Thiébaut (Livre)

Les règles… Quelle aventure!, Élise Thiébaut (Livre)

The adventures of Toni the tampon, Cass Clemer (Livre à colorier)

Des initiatives communautaires ou gouvernementales

Mouvement #SangDéchet de Mme L’Ovary

Campagne Rouge #LaVieEnRouge du RQASF

The Pad Project